Aurélie Trouvé : il faut "garantir une autonomie à toute personne en France de 1 000 €"

Aurélie Trouvé est députée NUPES de la 9ème circonscription de Seine-Saint-Denis. Lors d'un entretien exclusif, EURACTIV France a pu évoquer avec Mme Trouvé l'inflation des prix face au projet de loi pouvoir d'achat.

Euractiv France
Newly elected members of French Parliament arrive at the National Assembly in Paris
Selon Aurélie Trouvé, on constate à peu près 8 % de hausse pour les banques alimentaires au cours des derniers mois. [<a href="https://webgate.epa.eu/webgate" target="_blank" rel="noopener">CHRISTOPHE PETIT TESSON/EPA</a>]

Aurélie Trouvé est députée NUPES de la 9ème circonscription de Seine-Saint-Denis. Lors d’un entretien exclusif, EURACTIV France a pu évoquer avec MmeTrouvé l’inflation des prix face au projet de loi pouvoir d’achat. 

Ces derniers mois, l’inflation des prix a fragilisé encore un peu plus les personnes en situation de précarité. Des centres de distribution alimentaire voient de plus en plus de monde frapper à leur porte…

La minorité présidentielle vient de décider d’une hausse des loyers de 3,5%. Les gens sont pris à la gorge, en particulier les plus bas revenus. Il y a une explosion du nombre de demandes d’aide alimentaire.

On compte à peu près 8 % de hausse pour les banques alimentaires au cours des derniers mois. Aujourd’hui en France, il y a plus de 8 millions de personnes qui bénéficient de l’aide alimentaire, c’est énorme.

Le projet de loi pouvoir d’achat tel qu’il a été adopté par l’Assemblée nationale permet-il d’aider ces personnes-là ?

Non, c’est une catastrophe. Le projet de loi n’est absolument pas à la hauteur des enjeux, puisqu’il prévoit des hausses de minima de retraite en dessous de l’inflation. Il ne propose ni une hausse du SMIC réel, ni un blocage des prix.

En somme, la loi pouvoir d’achat ne propose aucune solution claire, nette, précise et durable à ce problème de l’inflation qui va se poursuivre. On prévoit pour l’instant une inflation d’à peu près 5 %, mais on se dirige vers 7 % d’ici la fin de l’année, selon l’INSEE.

En tant que députée, que proposez-vous pour redonner du pouvoir d’achat aux personnes les plus modestes ?

D’abord, garantir une autonomie à toute personne en France de 1 000 €, qui est le seuil de pauvreté. Je pense à ceux qui sont au RSA : le gouvernement n’en n’a voté qu’une hausse de 3,5%.

Nous, [Aurélie Trouvé fait partie du groupe de la NUPES, ndlr] nous étions pour que ce soit au moins au niveau de l’inflation, soit 5 %. En réalité, il aurait fallu beaucoup plus puisque ce sont les plus précaires qui sont les plus touchés. D’autant que ce ne sont pas des hausses de 5 % que l’on constate sur les produits alimentaires, mais plutôt de 10, voire 15%.

La deuxième mesure, c’est le blocage des prix à la baisse, notamment pour les produits de première nécessité, comme le paquet de pâtes. Il faut réguler bien plus fortement les marges au sein des filières agroalimentaires. Évidemment, il faut permettre des prix rémunérateurs pour les paysans parce qu’il faut qu’eux-mêmes puissent vivre correctement.

Vous proposez également l’augmentation du SMIC, mais certains travailleurs ne le touchent même pas…

Au Secours populaire de Romainville (93), j’ai rencontré beaucoup de travailleurs pauvres, des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), des femmes en temps partiel, etc…

Ils ne gagnent pas le SMIC, et touchent environ 800 € par mois. Avec des gamins, vous ne pouvez pas vivre correctement, vous acheter à manger, payer votre loyer, payer votre énergie. Ça n’est pas possible.

Pour ces personnes-là, je veux augmenter le RSA et faire en sorte que tous les potentiels bénéficiaires du RSA y accèdent. Aujourd’hui, seule la moitié des bénéficiaires potentiels du y accèdent vraiment, parce qu’il y a beaucoup de barrières administratives.

Mais les primes votées dans le projet de loi comme la prime Macron ne permettent-elles pas d’aider des personnes dans le besoin, à court terme du moins ?

Cette prime est un total enfumage. Elle ne concerne pour l’instant que 18 % des salariés et va rester au bon vouloir des entreprises.

On n’augmente pas la prime, on augmente le plafond défiscalisé de la prime. Jusqu’à maintenant, le plafond était de 1000 €, tandis que le montent moyen de la prime réellement versée était de 500 €. Donc relever le plafond de 1000 à 3 000 €, ça ne changera rien du tout.

Deuxième chose, puisque la prime Macron est défiscalisée, il n’y a donc pas de sans cotisations sociales pour le patron. Cela va continuer à creuser le déficit des caisses de protection sociale, notamment pour les retraites.

Troisièmement, et c’est sans doute le plus grave, cela sert d’excuse aux patrons. Les syndicats de salariés sont pour la plupart opposés à la prime Macron : c’est une excuse pour les patrons pour ne pas augmenter les salaires réels. La prime c’est du très court terme, c’est un petit chèque.